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Auprès des plus démunis

Une après-midi avec Laetitia F.

Aujourd’hui, Fabien W. reçoit Laetitia F. et Fabrice G. à son domicile pour un temps de discussion. Le rendez-vous est fixé pour 15 heures. Des échanges, des témoignages et pleins de fous rires, il est déjà 20 heures. Incroyable, personne n’a vu le temps passé. Comme le disait le roi David dans son psaume : “Qu’il est agréable, qu’il est doux pour des frères de demeurer ensemble”. Découvrez en exclusivité un extrait de leur conversation  autour des maraudes qu’organisent Laetitia.

 

FW: Qui es-tu Laetita F. ?
LF: Je m’appelle Laetitia. J’ai grandi dans l’église depuis l’âge de trois ans. A mes seize ans, j’ai réellement compris que Christ était mort et ressuscité pour moi.  Je ne voulais plus voir Jésus uniquement comme le Sauveur de ma famille mais je désirais qu’Il rentre également dans ma vie. Deux ans après, en 2013, je suis passée par les eaux du baptême. Depuis, je marche dans l’église de Villiers-Le-Bel et pas à pas, je grandis dans ma foi.


FW: Très bien. Peux-tu nous dire ce qu’est une maraude ?
LF: Une maraude est le fait de porter secours aux personnes dans le besoin par divers dons. Ces dernières peuvent être des migrants, des sans-abris ou tout autre personnes en difficultés. C’est vraiment un geste social consistant à donner aux plus démunis. C’est une action faite dans les rues.

 

FG : D’accord. D’où viennent les produits que tu distribues ?
LF:  Lors des maraudes que j’organise, les produits distribués sont récoltés par plusieurs biais. Des particuliers peuvent nous donner des vêtements qu’ils ne portent plus. Nous contactons aussi des hôtels afin de récupérer des couvertures dont ils n’ont plus besoin. Concernant la nourriture, nous l’achetons nous-même à l’aide des dons ou de nos fonds personnels. Etant donné que nous n’avons pas encore d’agrément, nous ne distribuons que des aliments en sachet.

 

FW : Quel est l’organisme porteur du projet ?
LF:  L’association s’appelle Pop Avenir. C’est un de mes anciens camarades qui a monté l’association avec des amis. Connaissant mon désir de faire des maraudes, il m’a proposé d’y participer. J’ai trouvé que l’occasion était bonne pour me lancer. C’est ainsi que je me suis engagée auprès d’eux et que tout a commencé.

 

FG : Super ! S’agit-il d’une association chrétienne ?
LF: Non, ce n’est pas une association chrétienne. J’aimerais beaucoup partager cette action avec des chrétiens. Il y a quelques temps de cela, l’idée de faire des maraudes en église avait été évoquée au sein du groupe de jeunes adultes. Mais, malheureusement  il n’y a pas eu de suite à cette proposition.

 

FW: Ok. Comment t’es venue l’envie de faire des maraudes ?
LF: J’ai toujours eu à coeur d’aider bénévolement des personnes dans le besoin. J’ai toujours eu ce désir de servir. Au sein de mon entourage proche, j’aime donner un coup de main à mes amis dès que je le peux. Aujourd’hui, Dieu m’utilise à travers ces maraudes. Je n’ai pas suivi de formation pour le faire, mais j’y vais avec mon coeur.

 

FG : Qu’est-ce que cela t’apporte ?
LF: Aujourd’hui je vois les choses autrement. Je me rend compte davantage de la chance que j’ai d’avoir Christ, un toit pour vivre et de la nourriture à ma faim. J’ai également le privilège d’avoir une famille et de ne jamais avoir connu la guerre. C’est enrichissant personnellement de faire des maraudes. Cela donne vraiment l’impression d’être utile. Les personnes dans la rue en ont tellement besoin de nourriture et de vêtements mais aussi de Dieu. La précarité est visible de manière très crue contrairement à ce que l’on peut voir à la télévision. Les gens vivent dehors sous la neige, sous la pluie. Cela me donne encore plus envie d’aider.
FW: En effet, le Seigneur nous appelle à porter secours aux plus démunis. Même si la Parole n’est pas clairement annoncée, le geste est amour. Et souvent les gestes parlent plus que les mots.

 

FW: Quelle est la périodicité de ton engagement ?
LF: Nous essayons de faire une à deux maraudes par mois. Il faut savoir qu’une maraude nécessite beaucoup d’organisation. Par exemple, il faut avoir un nombre suffisant de voitures pour répartir les personnes et les biens à distribuer. Lorsque nous avons pu récolter  suffisamment de vêtements, nous faisons deux maraudes par mois.

 

FG:Parle-nous un peu de ton service.
LF: Moi, je m’occupe du choix du lieu de distribution, de l’organisation des voitures et de la répartition des tâches. Quelques fois, je me charge aussi des récoltes. Mais ce n’est pas mon activité principale car avec l’école, je n’ai pas beaucoup de temps. Le jour J, je gère les départs. Pour le moment, nous faisons les maraudes à Paris (Jaurès et La Chapelle). Nous avions prévu d’y aller que deux fois mais au vu de la demande, nous avons jugé bon d’y retourner.

 

FW: La Bible nous dit que l’homme ne vivra pas de pain seulement mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu.  En tant que disciple de Christ, qu’apportes-tu de plus ?
LF:  Étant donné que l’association n’est pas chrétienne, je suis assez limitée pour partager explicitement ma foi lors des maraudes. Néanmoins, la différence est visible avec les personnes autour de moi. Dans ma manière de dire les choses, j’essaye de refléter Christ. “Que le Seigneur vous protège et vous bénisse !”.  “Je prie pour vous!”. Par ces petits mots d’encouragement j’essaye d’avoir une influence positive sur les personnes qui m’environnent. Par ailleurs, il m’arrive de témoigner de Christ à mes coéquipiers, notamment le fondateur de l’association qui a pu voir que mes actions étaient motivées par Christ et non en vue d’une gloire personnelle.

 

FW : Faites-vous un suivi des personnes aidées ?
LF: Comme nous revoyons fréquemment les mêmes personnes, Nous avons un petit suivi. Ces personnes-là nous connaissent. Quand on arrive sur les lieux, nous échangeons facilement avec elles sur leur vécu souvent très douloureux. Nous essayons de prendre de leurs nouvelles au sujet des démarches qu’elles entreprennent. Parfois, même après nos maraudes, il nous arrive de rester discuter avec eux pendant près d’une heure.

 

FG: Avez-vous eu l’occasion de voir des personnes quitter la rue pour s’insérer dans la société ?
LF: Non, pas pour le moment. Nos maraudes sont récentes. Nous avons commencé en janvier. L’association a pris naissance en fin 2017. Nous n’avons pas encore beaucoup de fonds. Mais nous nous développons petit à petit en vue de les aider davantage.

 

FW: As-tu rencontré des femmes, des enfants ou encore des jeunes de ton âge dans la rue ?
LF: Je n’ai pas rencontré de femmes dans la rue. Elles sont généralement dans des foyers et donc moins exposées. Ce sont plus des hommes qui sont dehors. Nous avons aussi vu des enfants accompagnés de leur père ainsi que pas mal de jeunes de mon âge. Deux jeunes migrants éthiopiens ont pu me raconter leur histoire. Ils sont à Paris depuis deux mois suite à un long périple dans diverses pays traversés. Ils ont vu plusieurs de leurs amis mourir durant le trajet. Leur témoignage est poignant. Ils ont tout laissé derrière eux pour fuire la misère. Nous avons le même âge et pourtant je n’ai même pas vécu un quart de ce qu’ils ont pu vivre.

 

FW: Selon toi, quelles sont les qualités à avoir pour faire des maraudes ?
LF: La première qualité selon moi est l’amour. Tu ne peux pas aller dans la rue avec un coeur serré. Je pense qu’il faut également être patient. Lorsque nous rendons sur les lieux en voiture, les personnes nous voient arriver et se ruent sur nous. Cela montre bien la nécessité de notre action. Toutefois, nous devons sans cesse leur demander de faire preuve de discipline pour que la distribution puisse se faire. Par ailleurs, il est nécessaire d’être vigilant. Très souvent, quelques personnes souhaitent en abuser en se servant deux fois alors que d’autres n’ont rien eu, d’où l’importance d’être à plusieurs afin de que l’action soit bien encadrée.

 

FG: Avez-vous des bureaux ?
LF :Nous n’avons pas de bureau à proprement parlé. Nous avons des locaux où nous stockons tout ce que nous récoltons. Ce qui nous manque aujourd’hui ce sont des tables pour faciliter la distribution ainsi que des utilitaires pouvant les transporter.

FW: Quels étaient tes aprioris avant de te lancer dans cette aventure ?
LF: Au départ, j’ai eu un peu d’appréhension vis à vis de mes futurs coéquipiers que je ne connaissais pas d’autant plus qu’ils ne partageaient pas ma foi. Pour organiser des maraudes, il est essentiel d’avoir une équipe soudée. Au final, il n’y a eu aucun problème entre nous. L’état d’esprit était bon. Tous ont à coeur d’aider les plus démunis. D’autre part, j’avais aussi peur de rencontrer les personnes de la rue. Je ne savais pas comment ils nous recevraient. Mais tout s’est très bien passé par la grâce de Dieu.

 

FG: La Commission Entraide et Solidarité de l’église existe mais n’est pas encore active faute de volontaires. Penses-tu qu’une initiative telle que les maraudes à toute sa place à l’église ?
LF : J’ai vraiment à coeur de réaliser de telles actions avec l’église. Nous avions commencé à aider les plus démunis via l’organisation de deux vide-dressings. Mais malheureusement, nous n’avons pas réalisé d’autres actions sociales depuis ces événements. Je me porterai volontaire pour mettre en place des maraudes dans l’église s’il y a d’autres frères et soeurs qui souhaiteraient s’engager dans cette commission. Je suis disponible pour servir. J’espère que mon témoignage servira à motiver les troupes (ndlr : avis à toi ami lecteur de cette newsletter, cet appel est probablement pour toi  !). Ce sera alors l’occasion de parler de Dieu et de distribuer des Bibles en plus des nécessités alimentaires et matériels. Je pense qu’à long terme, je vais acquérir de l’expérience dans l’organisation de maraudes, expérience que je pourrai certainement mettre à profit de l’église.

 

FW: Un dernier mot, Laetitia F. ?
LF: Etre bénévole, c’est avant tout s’engager à rendre un service désintéressé. Je fais tout cela avec mon coeur, mon temps, mon argent et tout ce que Dieu me donne.

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